Les démonstratifs japonais semblent parfois se résumer à six mots faciles à mémoriser. Pourtant, connaître これ, それ, あれ, この, その et あの ne suffit pas pour les employer dans une conversation. Il faut prendre deux décisions : repérer le point de vue de la personne qui parle, puis choisir entre un mot qui désigne l’objet à lui seul et un mot qui accompagne son nom. Une traduction par « ceci » ou « cela » masque souvent cette différence.
Ce guide vous propose une méthode concrète pour séparer ces décisions. Vous allez déplacer quelques objets, changer de rôle et construire des phrases courtes, puis chercher les mêmes formes dans un dialogue. Trois objets différents et une feuille de papier suffisent ; aucune application n’est nécessaire. La transcription aide au début, mais gardez les formes japonaises sous les yeux. L’objectif n’est pas de réciter une série dans l’ordre : c’est de comprendre précisément ce que votre interlocuteur doit identifier.
Les démonstratifs japonais partent d’un point de vue
Placez un stylo devant vous, un livre devant un partenaire réel ou imaginaire et un sac plus loin de vous deux. Avant de prononcer un mot japonais, montrez chaque objet et expliquez pourquoi sa position permet de l’identifier. Cette préparation paraît simple, mais elle vous oblige à vérifier le référent : la chose dont vous voulez parler. Une réponse ne peut pas être claire si plusieurs objets correspondent à votre geste.
Pour commencer dans cette situation spatiale, これ (kore) désigne l’objet près de vous, それ (sore) celui du côté de votre interlocuteur, et あれ (are) celui qui est éloigné de vous deux. Ce repère est utile, sans constituer une mesure en mètres. La disposition des personnes et ce qu’elles regardent ensemble comptent aussi. Une scène différente peut demander une interprétation différente.
Écrivez « de mon côté », « de ton côté » et « loin de nous » sous les trois positions de votre dessin. Puis vérifiez qu’une autre personne pourrait retrouver les mêmes objets. S’il y a deux sacs au fond de la pièce, votre geste doit être plus précis, ou votre expression doit nommer davantage le référent. Le démonstratif n’est pas une propriété permanente du sac : son choix dépend de la situation dans laquelle quelqu’un en parle.

Kore désigne l’objet sans accompagner son nom
これ peut désigner une chose à lui seul. Dans これは本です。 (Kore wa hon desu.), « Ceci est un livre », 本, qui se lit ほん (hon), indique la nature de cette chose. Il ne suit pas directement これ : il appartient à l’information donnée après は. Pour votre exercice, retenez cette séparation entre l’objet montré et ce que vous affirmez à son sujet.
Prenez un livre dans votre main et prononcez la phrase. Placez ensuite le même livre devant votre partenaire et dites それは本です。 (Sore wa hon desu.), que l’on peut rendre ici par « Cela, de ton côté, est un livre ». Posez enfin le livre sur une étagère éloignée et formez あれは本です。 (Are wa hon desu.). La chose reste un livre ; seule la manière de la désigner a changé.
Après chaque phrase, vérifiez le geste et la position plutôt que la seule traduction. Notez donc qui parle et où se trouve le livre. Si le reste de la phrase vous pose problème, consolidez d’abord un cadre simple de grammaire japonaise. Inutile d’ajouter un verbe nouveau ou un adjectif difficile : ils empêcheraient de voir si votre hésitation porte sur le démonstratif ou sur une autre partie de la phrase.
Kono accompagne un nom dans le même groupe
この本 (kono hon) signifie « ce livre-ci ». Dans ce modèle, この ne remplace pas le livre à lui seul : il détermine le nom qui suit. On construit de la même manière その本 (sono hon) et あの本 (ano hon). Comparez これは本です。 avec この本は私のです。 (Kono hon wa watashi no desu.), « Ce livre est à moi ». Dans la deuxième phrase, le groupe placé avant は précise déjà quel livre est concerné.
La Japan Foundation présente la construction avec un nom et montre aussi la place du démonstratif avant une description de ce nom. Pour commencer, travaillez simplement この本. N’insérez pas un deuxième の entre この et 本 : このの本 n’est pas la construction étudiée ici. Le の de 私の joue un autre rôle.
Préparez deux colonnes sur votre feuille : « objet désigné seul » et « démonstratif avec nom ». Classez これ dans la première, この本 dans la seconde. Ajoutez ensuite それ et その本, puis あれ et あの本. N’apprenez pas les six formes comme une suite sonore que vous devez terminer. À chaque nouvelle phrase, demandez-vous plutôt : est-ce que je désigne seulement la chose, ou est-ce que je dis déjà son nom dans ce groupe ? Cette question rend votre choix vérifiable.

Changer de locuteur change le repère
Une personne tient un stylo et l’autre un livre. Si vous tenez le stylo, vous pouvez le désigner par これ. Si votre partenaire parle du même stylo, qui se trouve maintenant du côté de son interlocuteur, elle peut employer それ. Ni l’objet ni sa couleur n’ont changé. C’est la personne qui parle, et donc la perspective utilisée pour établir le repère, qui a changé.
Commencez sans phrases complètes. Une personne montre un objet et dit le démonstratif approprié ; l’autre choisit ensuite son propre démonstratif pour cet objet. Échangez les objets avant d’ajouter une affirmation. Écrivez le nom du locuteur à chaque changement de rôle : vous saurez ainsi quelle décision vous avez réellement prise.
Si vous êtes côte à côte devant une étagère, le partage d’une même zone peut devenir plus pertinent que le dessin de deux personnes face à face. Ne forcez donc pas une réponse au nom de votre premier schéma. Pour un exercice initial, rendez la scène plus nette : un objet tenu par vous, un autre directement auprès du partenaire et un troisième clairement éloigné. Lorsque ce choix devient fiable, observez des situations moins évidentes dans de vrais dialogues. Une règle de départ sert à apprendre à regarder ; elle ne remplace pas tout ce que les personnes partagent dans une conversation.
Dore et dono servent à choisir dans un ensemble
どれ (dore) demande quel objet est visé parmi une sélection identifiable ; どの (dono) accompagne un nom. Devant plusieurs livres, vous pouvez demander どの本ですか。 (Dono hon desu ka.), « De quel livre s’agit-il ? » Quand la situation permet déjà de savoir ce que vous cherchez, どれですか。 (Dore desu ka.), « Lequel est-ce ? », offre un cadre plus court. Les personnes doivent toutefois reconnaître l’ensemble dans lequel vous choisissez.
Posez un livre rouge, un bleu et un vert sur une surface. Votre partenaire en sélectionne un sans vous prévenir. Demandez d’abord avec どの本 ; elle répond avec un groupe contenant le nom, par exemple この本 si elle tient le livre choisi. Refaites l’exercice avec どれ, puis une réponse contenant これ, それ ou あれ selon la disposition des objets et la personne qui parle. Changez ensuite votre position afin de ne pas répéter mécaniquement la réponse précédente.
Pour cette première séance, évitez de demander en même temps le propriétaire, le prix ou une appréciation du livre. Après chaque échange, contrôlez trois points : l’ensemble était clair, le choix entre forme seule et forme avec nom était justifié, et la perspective correspondait au locuteur. Si une réponse échoue, modifiez seulement le point concerné. Vous pourrez alors constater si votre correction résout vraiment la difficulté initiale.

Dans un texte, cherchez aussi le référent déjà mentionné
それ ne désigne pas toujours quelque chose placé près de l’interlocuteur. Un démonstratif peut reprendre ce qui vient d’être évoqué dans le discours. Le National Institute for Japanese Language and Linguistics distingue ces usages des références directement visibles et examine aussi le rôle des souvenirs. Pour votre lecture, la question utile devient : quelle chose est déjà connue à cet endroit du texte ?
Entourez chaque これ, それ et あれ dans un dialogue court. Cherchez ensuite son référent dans la phrase précédente ou dans la scène décrite. Reliez les deux avec une flèche, puis remplacez mentalement le démonstratif par une description française précise. Si le passage n’a plus de sens, votre flèche mérite d’être revue. Un dictionnaire peut expliquer la forme ; il ne sait pas, à votre place, quel élément précis ce dialogue reprend.
Ne traduisez pas non plus chaque あれ par « l’objet lointain dans la pièce ». Cette forme peut évoquer un souvenir partagé, sans devenir pour autant un marqueur général du passé. Au début, séparez les exercices de position et les exercices de référence dans un texte. Pour votre pratique de lecture japonaise, choisissez quelques répliques avec peu d’objets et des rôles faciles à suivre. Notez toute ambiguïté comme une question portant sur ce passage précis. Traduire immédiatement par « cela » risquerait de cacher l’incertitude au lieu de la résoudre.
Corriger la cause de l’erreur
Si vous avez choisi この au lieu de これ, regardez d’abord la structure du groupe : contient-il réellement un nom que le démonstratif accompagne ? Si vous désignez seulement une chose dans le modèle travaillé, vous avez besoin d’une forme autonome. Si vous avez choisi これ au lieu de それ, l’hésitation peut venir du point de vue. Ces deux erreurs ne demandent pas la même correction, même si leurs traductions françaises paraissent proches.
Après un essai incertain, recopier dix fois une réponse ne suffit pas à identifier votre problème. Notez la décision qui vous a échappé. Pour une erreur de structure, classez à nouveau これ et この本. Pour une erreur de perspective, gardez la même affirmation et échangez les locuteurs. Pour un référent ambigu, disposez les objets plus clairement ou précisez leur nom. Chaque nouvelle tentative possède ainsi un but concret que vous pouvez contrôler.
Évitez enfin l’association rigide « cela égale toujours それ ». Le français laisse parfois implicite ce que la scène japonaise rend pertinent. Partez de la chose visée, de la personne qui parle et du groupe que vous voulez construire. Vérifiez ensuite si votre partenaire reconnaîtrait le même objet. Cette petite vérification vaut davantage qu’une liste parfaite récitée sans situation. Elle vous montre si votre phrase permet réellement de partager une information, et pas seulement si vous avez retenu un mot.
Une séance courte qui permet de vérifier chaque choix
Réservez dix minutes pour une séance complète. Pendant les deux premières, placez trois objets clairement et désignez les rôles. Construisez ensuite trois affirmations avec これ, それ et あれ dans le même cadre connu. Vérifiez chacune en montrant l’objet concerné. Sans cette vérification, une série apprise par cœur peut donner l’impression trompeuse que vous avez décidé en fonction de la situation.
Consacrez les trois minutes suivantes aux groupes この本, その本 et あの本. Comparez-les avec les formes autonomes, puis posez une question avec どの本 et une autre avec どれ. Terminez par un changement de locuteur et quelques lignes d’un dialogue. Si vous travaillez seul, dessinez deux positions de parole et déplacez les objets entre vos essais. Avec un partenaire, laissez-le modifier la scène. Dans les deux cas, vous devez reprendre la décision au lieu de retrouver simplement une phrase mémorisée.
Pour finir, notez un essai réussi et une erreur avec sa cause. Le lendemain, reprenez cette erreur dans une autre disposition avant d’ajouter du vocabulaire. Pour enrichir ensuite votre vocabulaire japonais, remplacez 本 par un nom que vous connaissez déjà, sans changer simultanément toute la phrase. La séance a rempli son rôle lorsque vous pouvez expliquer votre forme, votre perspective et votre référent.


